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011 – Qu’est ce que le Sens ?

Tout d’abord il faut souligner l’importance et l’actualité de la question, en voilà un échantillon. Il faut en plus remarquer qu’ici le Sens est le constituant des Instances humaines. Le Sens est de nature humaine, une thèse peu fréquente. Ensuite le Sens est, comme l’Instance, transcendant à la réalité existentielle donc celle aussi de nos discours sur le Sens. Aucun discours n’est le Sens, peut le décrire mais tout ce qui est exprimé est expression de Sens. Autrement dit il faut «entendre» le Sens au travers de ce qui en est dit. Le Sens ne peut être montré mais des illustrations évoquant le Sens aident à y accéder. Nous n’avons pas épuisé ici la question qui ne sera abordée que progressivement au travers de prochaines leçons.

Notons encore le parallèle avec ce qui est souligné par Saint Paul, la question de l’esprit (des esprits d’ailleurs) et de la lettre. Le Sens est esprit, la lettre est non seulement le discours qui exprime le Sens mais c’est aussi toute l’existence. Le Sens est l’invisible et l’existence le visible, il est l’inconscient qui sous-tend le conscient, le principe à la source des réalités et même de leurs rationalités (du moins en première approche).

Le Sens comme position d’être

Un Sens est la position d’être dans laquelle nous sommes orientés dans un moment d’existence donné. C’est dire que tout peut changer en changeant de position ou de Sens. Un Sens est comme une orientation parmi toutes les orientations possibles. L’image de la boussole sera quelquefois utile.

Lorsque nous nous tenons dans un Sens alors nous voyons le monde dans une certaine logique avec ses critères de significativité. Changeons de Sens et le monde change à nos yeux. Positionnés dans un Sens alors les valeurs, finalités, aspirations, sont différentes d’un autre Sens. Ensuite dans ce Sens les rationalités de ce qui se réalise sont spécifiques. Il y a ainsi une cohérence entre conception du monde, valeurs, finalités et critères du bien, processus de réalisation et méthodes pour l’action. Sur le fond on pourrait dire que le Sens est le point commun, d’une épistémologie, d’une axiologie et d’une praxéologie ce qui les relie et fait le pont entre elles. Ainsi, être positionné dans un Sens donne une cohérence à l’existence, une disposition d’être se traduit par une position de vie. On en déduit qu’il peut être très important de discerner dans quel Sens se positionner et comment peut s’opèrer un changement de Sens. L’Humanisme Méthodologique en développe les possibilités.

Nous recommandons au lecteur de faire appel à son expérience de changements de Sens, points de vue, valeurs, façons d’agir. Il fera utilement appel aussi à l’expérience de ce qu’il connait autour de lui et envisagera que certaines différences plus essentielles dans les points de vue, postures, comportements sont dues à des différences de Sens, de positions de Sens, de dispositions intérieures. En même temps on reconnaitra des communautés de Sens, des positions communes avec les conséquences individuelles et collectives. Ce travail sur l’expérience personnelle est indispensable pour accéder aux questions de Sens.

Le Sens en Cohérences.

Il n’y a pas de Sens isolé sans qu’il soit pris dans un ensemble de Sens qui couvre tous les possibles. L’image de la boussole est utile il n’y a pas de Nord sans un Sud un Est et un Ouest et toutes les directions possibles à l’infini. Il en va de même pour le Sens. Cependant dès que l’on avance on va (en général) dans une seule direction à la fois. On se trouve disposé dans un seul Sens dans une situation donnée. En vérité il est possible que plusieurs Sens soient sollicités en même temps même si l’un prédomine. Ainsi même si l’on est disposé dans un Sens donné les autres ne sont pas loin et des changements peuvent se produire par l’influence d’autres Instances ou par détermination personnelle sous certaines conditions.

L’ensemble des Sens dont nous avons parlé ici est appelé Cohérence par convention et selon des analyses un peu plus pointues. Nous aurons ainsi à désigner Sens et Cohérences comme constituants de l’Instance alors que sens et cohérence, avec la minuscule, sont utilisés dans le champ existentiel.

Or il se trouve un grand nombre de Cohérences dans les Instances humaines. Même si chacun est impliqué différemment selon les situations de son existence, tous les hommes disposent de toutes les Cohérences humaines en eux. En cela tous les êtres humains portent en eux l’humanité entière, non pas dans leur existence, toutes différentes et interdépendante mais dans leur Instance personelle. Cela a une grande importance pour comprendre l’égale dignité humaine des êtres et la diversité des modes d’existence.

Le Sens en conSensus.

C’est là une autre clef majeure de l’Humanisme Méthodologique. Les relations entre les êtres humains sont, au fond, des relations de Sens c’est-à-dire des conSensus. Il s’agit ainsi d’une «communion d’esprit» autant les Sens sont de nature spirituelle. Ces conSensus sont la base, la source des situations relationnelles existentielles. C’est d’ailleurs l’expérience du Sens partagé entre les Instances humaines en conSensus qui constitue la structure et les réalités existentielles. On verra comment.

Les conSensus et leur relative permanence se traduisent par une relative permanence de l’expérience existentielle. Lorsque c’est tout un ensemble d’Instances qui se trouvent en conSensus alors c’est une communauté existentielle qui se trouve formée. Un aspect majeur de l’Humanisme Méthodologique est la compréhension des communautés humaines, indispensable aussi pour toute action humaine.

Comme les Sens ne sont pas isolés ce sont les Cohérences ou ensemble de Sens qui sont en conSensus, notamment pour les communautés, chacune caractérisée justement par sa Cohérence et ses Sens possibles et ensuite par tel ou tel Sens prédominant pour le meilleur ou pour le pire. Des Cohérences différentes sous-tendent des communautés culturelles différentes.

Le conSensus a déjà donné la cohérence des situations existentielles, la structure de l’expérience et de l’existence individuelle, l’existence des communautés humaines. Il est aussi à la base des dynamiques humaines. En effet c’est le conSensus qui suscite le mouvement d’exister (la vie); le mouvement relatif selon le jeu des relations; le mouvement de développement selon le Sens prédominant. Ainsi «ce qui meut» tant dans la vie, l’histoire ou l’activité humaines, c’est le conSensus. Or «ce qui meut» c’est la signification étymologique de l’énergie. Les physiciens ne savent rien d‘autre de ce qu’est en elle-même l’énergie. En voilà une solution dont l’Humanisme Méthodologique développe les conséquences tant dans l’analyse que dans l’action. Le travail de conSensus, si possible pour le meilleur, sera la clé majeure de «l’ingénierie humaine» et de «l’intelligence symbolique».

Un texte pour approfondir

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6 commentaires

  1. Si tous les hommes disposent de toutes les
    Cohérences humaines en eux, qu’est ce qui différencie une instance d’une autre ?
    Qu’est-ce qui différencie un homme d’un autre au fond ? Es-ce son existence, son instance ou les deux ?

    • Bonne question comme toujours. Oui on peut postuler cette humanité commune où chaque Instance dispose de toutes les Cohérences humaines ce qui permet de comprendre la possibilité en principe de tous les conSensus. Par exemple celui qui est né d’une culture peut très bien être appelé à vivre sa vie dans une autre. Ce n’est pour autant pas si facile.
      D’un côté la question de la disposition par l’Instance de toutes les Cohérences donc les Sens humains, ne dit pas comment l’Instance qui n’est rien d’autre que ces Cohérences en dispose. C’est aussi la question de l’unité de l’Instance. L’image du contenant qui forme l’unité du contenu ne va pas de soi. J’ai même développé la thèse que l’unité de l’Instance était l’aboutissement de son accomplissement. Quant je dis l’homme est un Etre en devenir cela veut dire aussi que s’accomplir c’est devenir UN Etre pour soi-même.
      D’un autre côté chaque Cohérence et les Sens sont marqués par les conSensus. Selon un schéma historique, diachronique, on pourrait dire que la fréquentation d’un conSensus enregistre une « susceptibilité » à ces Sens si bien que se reproduisent les situations et les consensus familiers (voir leçon ultérieure des dynamiques humaines historiques et actuelles). De là la prégnance des cultures et situations vécues dont des homologues sont recherchés ou semblent se reproduire « par hasard ». De ce fait, par son histoire, chaque homme est différent et ses différences ont tendance à se renforcer si n’intervient pas une certaine maîtrise, une certaine liberté. La singularité de chaque personne vient à la fois de son Instance humaine unique bien que faite seulement et totalement d’humanité, et des conSensus historiques, parentaux, familiaux, culturels, etc. Chaque homme cherche à réaliser ce dans quoi il se reconnaît le mieux et ainsi le renforce. Il y trouve même sa vocation dont l’accomplissement le mène d’ailleurs au-delà de sa singularité. Mais il y a une autre lecture, synchronique, où tout se passe comme si toutes les situations considérées comme historiques sont en fait a temporelles. Cela renvoie au fait aussi que dans notre existence, celle aussi de la pensée et du langage, tout est historique, pas dans l’Instance puisque le temps comme l’espace sont coextensifs à l’existence (une leçon y sera consacrée).

  2. Qu’est ce qui fait l’unité d’une cohérence particulière dans l’instance ?

    • Il faut d’abord écrire Cohérence avec une majuscule comme Sens. Une Cohérence est comme un espace constitué par un point central à partir duquel rayonnent tous les Sens, un espace radial en quelques sortes sachant que la vision que l’on peut en avoir est une représentation imaginaire et ne l’est pas, ne pouvant faire autrement dans cette existence. On peut spéculer néanmoins sur l’unité d’un espace radial de dimensions infinies (Ca c’est pour les mathématiciens). Si l’Instance vient de l’Instant, cette sorte d’unité en est issue. Le concept d’unité n’est pas le même selon que l’on parle de l’Instant (l’Unique qui est le tout), de l’Instance dont l’unité propre est son accomplissement (comme le verbe Etre subsume les autres verbes infinitifs) et dont les unités constitutives sont celles des Cohérences et celles des Sens de ces Cohérences. Ensuite l’unité de l’expérience première est celle de la structure cohérencielle et enfin les unités existentielles sont des ensembles en nombres… Il faudrait un séminaire entier pour traiter tout cela.

  3. C’est quoi exactement le point central d’une Cohérence ?

    • C’est un point qui est au centre de rayonnement des Sens comme le centre d’une boussole ou celui d’une carte de cohérences. C’est donc en première approche un simple lieu. Au delà on peut méditer sur ce que sont les Cohérences dans l’Instance; Cette question n’est pas abordée ici. Il faudrait renvoyer à la question des verbes infinitifs où modes d’Etre, celle de leur origine en l’Instant et celle de leur unification par l’accomplissement humains comme Etre (humain) accompli. Il y a ainsi une double pluralité dans l’Instance, celle des Cohérences qui engage les questions de centration et polycentration et celle des Sens dans chaque Cohérence qui pose la question de la possibilité d’une orientation vers un accomplissement. Si pour l’Instant un point c’est Tout, pour l’homme un point c’est une condition d’accès à son tout (Etre) qui n’est pas rien mais n’est pas le Tout de l’Instant.

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