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018 – La réalité projective

L’expérience du Sens en conSensus a donné ses deux dimensions objective et subjective à la réalité ainsi réalisée. Si le conSensus y est présent sous le mode du nombre et de la présence/absence, il l’est aussi simultanément sous le mode de la tension que représente en soi le Sens, activé par le conSensus. Ces deux dimensions sont comme deux vecteurs associés qui en produisent un troisième dans l’expérience, celui de la dimension projective. Cette réalité «sans épaisseur» que les deux premières dimensions expriment prend une extension dans ce troisième terme. La réalité projective entraine les composantes objectives selon une tension déterminante vers un déploiement existentiel, déploiement dans le temps et dans l’espace simultanément, dans un espace-temps plutôt.

Un double mouvement se manifeste le déploiement existentiel comme une émergence, une expansion et comme une histoire qui se déroule dans le temps. Dans les deux cas on part d’une origine qui est, au fond, le conSensus hors de l’espace et du temps. Il les transcende et se fait «commencement» avant d’être développement d’une histoire existentielle. On peut d’ailleurs envisager ce développement comme celui d’un «volume existentiel» aux caractéristiques dépendant des deux dimensions premières.

Ainsi selon cette dimension «projective» spatio-temporelle, la réalité se présente comme un ensemble de composantes multiples engagées dans un mouvement directionnel selon un déterminisme d’origine intentionnelle. L’unité de chaque chose existante sous cet angle tiens de l’unité du Sens et de la multiplicité du Consensus.

Ainsi, dans chaque réalité considérée il y a une «unité de devenir» s’appliquant à une diversité de composantes, chacune de ces composantes peut à son tour détenir une unité de même source mais avec d’autres éléments de composition.

Observons qu’il y a une unité de lien logique, la trace du Sens comme vecteur intentionnel, qui relie ici une diversité de composantes, ensembles et sous ensemble, la trace du conSensus comme multiprésence, «probabiliste et aléatoire». C’est là une compréhension de la rationalité, l’unité de rapport logique et, mieux, historique entre une diversité de composantes. Cette rationalité est celle d’un processus de réalisation existentielle de développement historique.

Ainsi toute réalité désignée constitue comme un monde complexe où chaque chose dépend de l’ensemble, par le Sens qui est commun et les ordonne et par le conSensus qui rassemble le multiple. L’unité du conSensus, rappelons le, tiens du Sens et de la multiplicité des Instances.

Vient alors le problème du réductionnisme rationaliste. Le rapport entre les éléments selon une chaine historique est «envisagé» comme une chaine causale La raison causale vient chercher dans la réalité même sa propre source ignorant la dimension objective et la dimension subjective.  Ni objet ni sujet mais la raison qui serait première. Le fait que des enchainements historiques se reproduisant est tenu comme confirmation de la causalité rationnelle, d’une raison causale. Il est vrai que l’on aura une difficulté pour en établir l’origine et il faudra bien une source hétéronome à la raison pour en justifier les propriétés opérantes sur le plan factuel et celui des modèles formels comme on le verra.

Ni besoin du sujet en soi, ni besoin d’objets autres mais une enchainement causal qui ordonne et relie toutes choses dans un monde entièrement rationnel. L’homme dit alors «être de raison» est seulement invité à le reconnaitre (découvrir la raison des choses) et à si conformer ( se comporter et agir selon la raison des choses). C’est le destin d’une chose parmi les choses à qui il est donné par la Raison première d’en savoir quelque chose. Telle est l’histoire que la modernité nous raconte.

Il est vrai qu’à la place de cette hétéro-détermination de l’existence des choses et des hommes parmi les choses «produites» se présente maintenant une possible auto-détermination de la réalité et du monde des hommes. Cette auto-détermination, telle que nous la suggère l’Humanisme Méthodologique, est non seulement celle de la construction de l’expérience du Sens et de sa structure cohérencielle mais aussi la possibilité d’une certaine maitrise des choix de Sens et des consensus.

Dans cette réalité-là, de nature humaine, et sous réserve de cultiver ce type de maîtrise, il est possible d’agir, de réaliser, de changer ou transformer, de créer même, s’il y a conSensus il est vrai. Et s’il y a une certaine conscience et maîtrise intentionnelle il sera possible de s’investir dans des projets, d’intervenir dans l’histoire du monde, de nos mondes, dans l’existence des choses dans nos existences. Cette auto-détermination, relative, de la réalité humaine est le point de départ d’une histoire humaine en devenir, en projet, en progrès. Une Raison hétéronome l’interdit, une raison autonome le permet toujours, relativement à la maîtrise intentionnelle et à l’altérité des conSensus. Pas de toute puissance là.

Mais alors quel est le progrès que peut viser tout projet humain, projet de réalisation existentiel ? C’est celui d’une révélation de son Instance au travers des situations existentielles, apportant ainsi cette maîtrise relative engagée dans un cercle vertueux d’accomplissement humain. De vastes chapitres en perspective.

Il est vrai que tous les Sens ne mènent pas à cette réalisation révélatrice et que certains vont s’engager dans des formes de dénis qui se traduisent par quelques réductionnismes tels qu’on en a vu trois avec l’objectivisme, le subjectivisme et le rationalisme. Dans un temps de fin de règne d’une modernité rationaliste il est temps de rappeler que le Sens précède la raison et que celle-ci en est l’expression, structurante de l’ordre des choses dans leur dimension projective. La nature humaine précède la nature des choses. Un renversement copernicien radical entre un anti-humanisme radical et un humanisme radical.

Il se trouve que la déstabilisation des paradigmes scientifiques prédominants laisse émerger d’autres hypothèses qui pourront réconcilier l’homme avec le monde existant en traçant la voie d’une liberté responsable. Oui, l’observateur intervient dans tout phénomène observé qui est en fait un phénomène humain, même si par l’étendue des conSensus la part de chacun restera souvent bien modeste.

 

 

 

 

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2 commentaires

  1. Ce qui résonne avec mon commentaire sur la réalité objective.
    Le monde est la trace des autres, et de moi (de nous tous, de nos instances) en consensus (le réel).
    C’est le Sens vers lequel est orienté le consensus qui est manifesté dans telle ou telle réalité.
    Y compris la réalité de ne pas avoir conscience du consensus comme expérience primordiale, et donc de ne pouvoir « change le monde », le (ou les créer même.
    C’est une disposition dans un certain aveuglement qui empêche cette conscience, comme en retour le monde manifesté l’est de par cette disposition aveuglante et entretient en retour l’aveuglement.
    Il faudrait donc travailler à changer le sens du consensus pour changer le monde ou en retour changer le monde (selon un certain sens) pour accéder à une conscience de sens et faire des choix de sens.

    • Très juste. Tu touches au paradoxe de la conscience de Sens nécessaire pour s’orienter dans le Sens de la conscience de Sens. Heureusement il y a les autres et tel ou tel autre qui nous y aide, mais cela renvoie à la question des pratiques de la troisième partie.

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