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028 – La conscience sensible

La composante sensible de l’expérience première de la réalité est faite des affects, des émotions, des sentiments, des sensations, dont la source est le conSensus dans le croisement mouvant d’un Sens de l’Instance avec d’autres Instances. Y règne la confusion entre soi et non soi de l’éprouvé. Elle va de la confusion de soi avec l’éprouvé à l’attribution à la réalité expérimentée des attributs éprouvés. On y trouve aussi la personnification de l’éprouvé comme entité agissante comme celles du bien et du mal par exemple. Cette confusion se résout par la conscience sensible c’est-à-dire grâce à une re-présentation de l’éprouvé. Cette re-présentation sous le mode sensible va permettre d’une part de différencier ce qui est éprouvé dans sa variété, son intensité et aussi de se différencier de ce qui est éprouvé dans la relation avec les autres. C’est donc la relation qui est alors identifiée par la conscience sensible, relation avec les autres, relation avec les choses, relations avec les situations dont les affects, le vécu, sont comme la substance même. Comme toujours un réductionisme fera des affects la source de toute relation et non pas leur effet. Du coup l’expression «c’est plus fort que moi» prend tout son sens et la dépendance affective, sensible est établie. Les addictions comme les passions ne sont rien d’autre. Les manipulations affectives des personnes et des foules y trouvent leurs ressources.

La conscience sensible de la réalité sensible est donc perception nuancée des affects et des sensations dues aux relations humaines et de leurs présentations dans la réalité d’expérience individuelle et collective. Son réductionnisme met en dépendance les hommes de leurs affects et des attributs de la réalité comme s’ils n’étaient pas d’origine humaine. (Le bleu du ciel n’est pas dans le ciel mais en nous et pas plus dans le cerveau). Restaurer la conscience d’être co-auteurs, dans la relation, de ces attributs n’est pas de première évidence par contre il est plus aisé de différencier les nuances par cette conscience sensible. Des artistes appréhenderont plus aisément les deux. Du coup cette conscience sensible prendra toute une palette d’acuité depuis la différenciation des nuances jusqu’au discernement d’en être à la source dans la relation. Il nous faudra le moment venu envisager des degrés de conscience et aussi un autre type de conscience qui est celle du Sens en conSensus. Ce n’est plus alors une conscience existentielle qui elle y prépare et qui en est aussi amplifiée.

La conscience sensible de la réalité factuelle. Nous appréhendons les choses et les corps aussi par ce qui est ressenti dans le rapport avec eux. La conscience sensible vient «colorer» le monde de toute une palette de ressentis. Par exemple nous sommes entourés d’objets que nous avons choisi parce qu’ils nous plaisent, nous réconfortent et nous confortent (confort). Nous en évitons d’autres pour les sensations ou appréciations que nous en avons. Pensons aussi aux aliments. Des objets nous deviennent familiers et nous pouvons régler nos usages sur des affinités acquises grâce à cette conscience sensible. L’artisan perçoit dans ses outils des finesses que d’autres ne perçoivent pas. C’est vrai pour tous les objets mais aussi tout notre environnement matériel et corporel et nos interactions avec le monde matériel et factuel. Les arts corporels y sont liés, les métiers aussi et le réglage de nos comportements. Inversement un conditionnement tyrannique peut-être infligé pour réduire les corps et les comportements à des exigences sensibles posées comme puissances.

La conscience sensible de la réalité formelle. Apprécier un texte, un tableau, un discours mais aussi un dessin, une forme construite, une image fait partie de ce qu’on appelle aussi une culture. Un «savoir apprécier» n’est rien d’autre que l’exercice de la conscience sensible. Celle-ci interviendra dans la poésie et dans les arts qui construisent des formes données à voir et à apprécier. Il a aussi une poésie des structures formelles, des mathématiques, des dossiers administratifs, des lois et règlements qu’apprécient ceux qui ont cultivé une conscience sensible à leur égard. Les sensations, les affects, les émotions les sentiments et toute la gamme des perceptions viennent enrichir les réalités formelles, les enchanter et pas seulement dans les spectacles organisés pour cela. Un réductionnisme viendrait juger de la valeur des réalités formelles, des représentations mentales sur ces seuls critères, une désolation de la conscience formelle. Par contre leur alliance est source de créativité.

La conscience sensible de la réalité objective. La réalité objective dans l’expérience première est liée au jeu de présence absence, binaire, et les ensembles quantitatifs avec les fréquences et probabilités de présence. La re-présentation sous sa composante sensible éprouve ces états du conSensus sous le mode de la proximité et de la distance, de l’angoisse de séparation à la réassurance de la proximité. Selon le Sens en jeu cependant, ce sont d’autres affects qui peuvent être éprouvés dans cette re-présentation. L’empiètement fusionnel et la joie de l’être en soi et pour soi correspondent à d’autres Sens en conSensus. La conscience sensible va aider à réguler le rapport aux autres et aux critères numériques comme signes de valeurs. A l’inverse, le réductionnisme sensible donnera aux chiffres ou aux nombres une valeur de puissance magique qui n’est pas absente des analyses quantitatives de la réalité.

La conscience sensible de la réalité subjective. Les intentions, aspirations, motivations, volontés, déterminations peuvent être re-présentées sur le mode sensible et associées à des affects. Selon leur Sens ces tensions sont associées au plaisir, la joie, la crainte, la peur et bien d’autres ressentis qui servent alors de guides et de repères à la détermination subjective. Il ne faut pas confondre l’intention et sa représentation sensible et le reductionnisme de la conscience sensible fera des indicateurs sensibles les causes mêmes de l’intentionnalité, tant dans l’attraction que la répulsion. L’ hédonisme par exemple, la loi du désir ou du dégoût feraient de la conscience sensible la cause des prises de position intentionnelle privant le sujet de toute liberté comme une girouette qui s’oriente selon le vent et non comme l’esprit-Sens qui assume ses positions. La conscience sensible fournit des indicateurs affectifs à la tenue et au choix d’orientations intentionnelles dans l’existence.

La conscience sensible de la réalité projective. Le développement dans le temps, des projets par exemple, s’accompagne de ressentis, d’affects qui s’éprouvent dans l’approche ou l’atteinte d’un but ou sa non-atteinte, joies et déceptions font partie de la re-présentation sensible de l’expérience projective. Les histoires que l’on raconte et se raconte avec le suspens et les enchainements rationnels, les surprises et les péripéties du parcours sont chargés d’affects. La conscience sensible accompagne les enchainements et les ordonnancements dans l’espace-temps et la conscience sensible apporte un puissant moteur ou un puissant handicap au développement en faisant éprouver l’implication des personnes dans la communauté. Cette implication est ignorée des rationalistes mais le réductionnisme de la conscience sensible en fait le seul moteur explicatif du passé ou de l’avenir qui serait entièrement soumis aux passions humaines. C’est la source de bien des manipulations ou au contraire des désimplications ou désaffectations d’une rationalité investie d’une passion tyrannique. La conscience sensible est encore ici la meilleure ou la pire des choses selon le Sens qu’elle emprunte qui peut être aussi bien un réductionnisme.

Nous aurons l’occasion de considérer le phénomène de conscience dans ses deux facettes, l’intelligence existentielle humanisante ou un réductionnisme déshumanisant.

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