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034 – Mondes communautaires

Puisque chaque communauté humaine est le fait d’un conSensus sur une Cohérence ou ensemble de Sens, elle se présente existentiellement comme un monde, habité par les individus qui semblent alors la composer. On peut parler de communauté monde et il importe en effet de ne pas réduire l’existence communautaire à la collectivité des individus en oubliant que ces individus n’existent que dans un monde commun.

On rappellera ici que si tout se passe comme s’il y avait un monde commun ce monde n’existe que dans l’expérience de chacun mais une expérience partagée en communautés. Cela veut dire qu’il n’y a pas de réalité sans communauté de conSensus. La réalité est réalisée par chaque Instance qui est comme à la source et au centre de son monde. Son monde n’existe que dans l’expérience du conSensus c’est-à-dire par les autres. On pourrait dire encore que le monde commun est pour chacun comme l’intersection de son Instance avec celle des autres (conSensus). Ce monde en est l’expérience en premier lieu et aussi toutes les re-présentations qui l’augmentent. De même ces re-présentations ou consciences, celles du conSensus, sont propres à chaque Instance mais là aussi tout se passe comme si le monde augmenté était le même alors que les expériences restent différentes. C’est pour cela que malgré un effet d’évidence sur la réalité unique d’un monde commun les différents sont légions. Il faut y rajouter le fait que le conSensus est en plusieurs Sens mais que la participation de chacun peut-être orientée différemment. Ainsi le monde commun est-il bien différent selon les individus. Rajoutons que l’origine de chacun la maturité de sa conscience et peut être de son discernement des Sens, multiplient les facteurs de diversité de l’expérience première et ses re-présentations de conscience et donc les visages du monde commun. Rappelons aussi que chacun ne vivant que sa propre existence et sa propre expérience, singulières, la croyance dans l’universalité de celle-ci est fréquente malgré l’expérience des différences. Il arrive même qu’une exigence d’égalité existentielle viennent imposer une singularité au nom de l’universalité. Une des racines des totalitarismes modernes. Ce fait s’étend, on le verra, à la possibilité de communautés autres dont les mondes sont jugés à l’aune de l’universalité postulée du monde commun. De se fait c’est même la possibilité de communautés autres qui est niée et, en définitive, de toute communauté humaine. Ces rappels sont utiles compte tenu d’un contexte de croyances peu facilitateur et d’une nécessaire familiarisation théorique.

Pour en revenir aux mondes communautaires la structure cohérencielle de l’expérience humaine nous en donne les dimensions et composantes.

La dimension objective est celle d’un environnement, d’un contexte spécifique marqué par des objets emblématiques de son conSensus ou objets symboliques. Chaque communauté décrit son monde et le localise comme centre de l’univers, l’univers étant la postulation de l’universel. Cette dimension objective telle qu’elle est évoquée ici est déjà enrichie de re-présentations. L’expérience première est celle de l’altérité, et du jeu de présence absence des autres. Le collectif comme d’abord collection marque ainsi le monde premier et en signe les objets propres.

La dimension subjective est celle d’une signification commune, d’un pourquoi qui est la trace du Sens. Le monde commun est un monde d’aspirations, de désirs, de volontés supposées communes, assortis par exemple de critères du bien ou valeurs communes. Il est vrai que cette intentionnalité semble portée par la communauté des individus plus que par les choses bien que des «construits» soient aussi investis de finalités intentionnelles (organisations, entreprises, etc.). Là aussi les re-présentations ont augmenté la réalité première. Elle place elle l’individu dans la question du prolongement de l’intentionnalité qu’il porte en soi, dans le monde des altérités environnantes.

La dimension projective est celle d’une histoire de ce monde, histoire d’un point de vue collectif, histoire du monde à l’aune de l’espace et du temps de cette collectivité, fondés dans le conSensus communautaire. L’histoire est aussi évolution, développement, mutations, genèses et générations. Il n’y a pas de monde communautaire sans histoire et sans récit de celle-ci où s’inscrivent tous les présents et les projets. Le devenir spatiotemporel est déjà inscrit dans l’expérience première et il s’est enrichi des re-présentations. Notons cependant que les réductionnismes viennent amputer celle réalité monde ou bien la distordre par la perte de vue de la source humaine transcendante, celle des Instances et des Sens en conSensus, source spirituelle de l’intelligence symbolique.

La composante sensible. Le monde commun est marqué par les sensations, le vécu partagé, les appréciations et en définitive les colorations affectives d’un monde où ce qui est vécu par les individus et partagé est aussi confondu avec les propriétés de ce monde. Des re-présentations vont raconter ces propriétés sous forme de puissances d’un monde mythique. Chaque monde communautaire a ses climats et ses ambiances, ses éruptions et ses douceurs, ses calmes et ses violences, et toute une palette de couleurs, d’odeurs, de goûts et de musiques. Ici la métaphore et la réalité sensible ne font qu’un. Les individus  y participent tout en s‘y trouvant baignés.

La composante factuelle. Le monde commun est comme une sphère de matérialité que l’on figurera comme terre ou planète selon des re-présentations que le philosophe Peter Sloterdijk a bien décrit dans sa «sphérologie». Le monde comme sphère matérielle notamment est le monde des corps et des choses et aussi de leurs comportements et interactions. Tout un pan de la vie collective est pris dans un rapport aux ressources, aux transformations pour la subsistance, le confort (ou confortation) avec aussi les habiletés et les organisations d’efficacité collective. C’est, pour une grande part, le monde de l’économie communautaire dans sa dimension matérielle et technique.

La composante formelle est celle des formes images et structures qui représentent le monde mentalement et dans lequel les individus se reconnaissent. Toute l’épaisseur des re-présentations a fait des mondes modernes des édifices compliqués à tel point que le volume existentiel en est distordu. Cette composante prend presque toute la place. Le monde est ramené aux idéologies, aux formalismes, aux normalités, aux modalités formelles et idéelles qui se veulent universelles et causales. Les intellectuels maîtres du monde est la caricature d’un élitisme contemporain mis à mal par une mutation communautaire qui accèderait à l’intelligence symbolique, relativisant ainsi un magistère inquiet.

Cette composition des mondes communautaires porte des contenus différents selon les communautés mais aussi dans les communautés. La prétention d’universalité commence avec les individus dans leur communauté et envers les communautés autres. Et pourtant cette composition cohérencielle appartiens à l’humanité entière relevant du seul universel, l’humanité de l’homme en son Instance, ses Sens et Cohérences et la structuration de l’expérience première des conSensus. Au-delà, la diversité des conSensus, des participations aux conSensus, aux Sens engagés dans les conSensus relève des singularités autant que sont aussi singuliers les mondes communautaires dans leur contenus. Y aurait-il une communauté de tous les hommes ? Qu’en est-il alors de toutes les communautés d’existence humaines ? Y aurait il un monde universel et que deviendraient alors les mondes communautaires ? Autant de questions qu’il faudra explorer en observant la façon péremptoire dont elle sont traitées habituellement par tel ou tel réductionnisme.

 

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