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054 – L’âge secondaire

L’âge secondaire âge de la Raison

L’âge primaire s’achève par la construction d’un individu qui cherche son indépendance pour prendre sa place dans la société. Place professionnelle, sexuelle, parentale, sociale tout cela contribue à s’établir à un autre niveau de l’existence, exister au travers d’une identité individuelle dans le contexte d’une société où elle est reconnue. Le statut en est un signe mais aussi la fréquentation de cercles d’identification avec leurs signes particuliers. L’âge secondaire est celui des signes d’identification de soi et du monde, un âge des représentations, des apparences mais pas seulement. En tout cas il s‘agit d’images mentales portées factuellement par des supports jugés adéquats. On entre ici dans un âge des représentations mentales où la construction intellectuelle du monde et de soi passe par celle des images ordonnées de l’existence. Il aura fallu pour cela rompre avec les dépendances de l’environnement familial tutélaire pour assumer cette identité pour soi et pour les autres. Cela ne va pas sans conflits avec la crise de passage de l’adolescence.

L’émancipation de l’individu passe par l’usage de sa raison pour ordonner les représentations spontanées et désordonnées du monde et de son existence. L’âge de la raison est ainsi celui du développement des représentations mentales ordonnées par la Raison dont l’individu se fait progressivement maître. Ce sont toutes les représentations existentielles qui sont en jeu. Savoirs, idées, langages, visions, récits, conceptions, formes, formules, modèles, structures, scènes, institutions, procédures, règles, lois, méthodes, contes, histoires, interprétations. Tout cela construit un monde et une intelligence du monde, une appréhension intellectuelle, rationnelle ou en quête de rationalité, de cohérence. Le monde mental est sans cesse en construction et la maîtrise rationnelle des individus les situe dans ce monde où ils trouvent place selon les conventions qu’ils partagent.

Ce développement individuel et collectif peut être identifié à une civilisation où l’homme se grandit en agrandissant le monde sur le mode mental avec l’exercice maîtrisé de la raison. Cette civilisation là est celle dont on a volontiers assimilé ici l’origine à la Renaissance mais aussi à ses antériorités gréco-latines notamment. Une façon d’identifier l’Occident à cette civilisation de l’émancipation de l’individu, civilisation de la raison et de la science ainsi que de la construction idéale de la cité.

Cependant comme à tous les âges le Sens ne va pas de soi. Le statut des représentations mentales a pu être ainsi un prolongement et un dépassement du factuel pour une meilleure maîtrise humaine. Il s’agit donc alors de représentations mentales de l’existence factuelle elle-même investissement des affects. Mais il y a une autre voie qui est celle d’une croyance dans l’autonomie des représentations qui en viennent à constituer le monde comme si elles en étaient la cause et la loi naturelle. La science devient scientisme par exemple. L’individualité devient individualisme, les idées – idéologies, la raison – rationalisme. Dans cette déviance, une coupure s’établit entre les représentations et les faits et aussi avec les affects considérés comme d’une humanité inférieure. La hiérarchie des formalismes intellectuels se substitue à celle des compétences et donc de la maîtrise humaine des affaires humaines. Le monde y est découpé en catégories abstraites hiérarchisées, s’agissant bien de s’abstraire d’une condition humaine jugée inférieure. La raison perd sa vertu d’articulation ordonnée de l’expérience humaine pour se faire explicative et causale. Mais tout cela n’est cependant qu’interprétation mentale.

L’âge des représentations (mentales) est aussi celui de leur médiation avec la prolifération des textes qu’ils soient littéraires, scientifiques, artistiques, juridiques, journalistiques, et de toutes les images, dessins, modèles, ainsi que tous les artifices de représentations que les médias classiques ou modernes colportent. Le monde moderne est devenu un monde de représentations qui se multiplient en cherchant à édifier une cohérence à l’encontre d’autres cohérences jugées erronées ou fautives. Dans ce monde les individus et tout ce qu’ils échafaudent se ramène souvent à des formules, des idées, des modèles qui passent pour en être les fondements. On y développe des fondations sur la base de représentations elles mêmes abstraites de l’expérience factuelle et affective.

L’âge secondaire est ainsi celui de l’élaboration d’un monde de représentations, de l’accès à des représentations établies ou savoirs, de l’identification à ces représentations qui enrichissent l’expérience humaine et participent à un certain progrès de conscience.

Cependant l’âge secondaire est aux prises avec une dialectique de réalisation spéculative ou de réalisation communautaire. Ou bien il s‘agit de construire une représentation du monde, universelle, dans laquelle l’individu se mire ou s‘admire ou bien il s’agit de développer une conscience formelle qui permet d’accéder à une vision commune de l’expérience partagée, d’un conSensus culturel donc. Ou bien les représentations sont vues comme fondatrices et à découvrir, ou bien elles sont le témoignage singulier d’un développement de l’expérience humaine collective, ou bien une conscience réflexive abstraite d’un monde supposé déjà là ou bien la conscience médiatrice d’une humanité partagée.

Cette problématique se joue selon des logiques multiples. Le conformisme qui se réfère à des formes supposées préexistantes pour s‘y conformer ou bien une créativité qui est l’expression de formes, témoignages de l’expérience singulière, personnelle et communautaire. Elles s’opposent comme la réflexion et la pensée. Les représentations comme état des choses qui reste à découvrir pour être établi comme dogme ou bien projection humaine qui dessine quelque désir ou intention dans une réalisation future – le projet et en témoigne – médiatisation.

L’âge des représentations eut être ainsi celui d’un développement humain qui dépasse l’expérience factuelle et affective en leur apportant un autre niveau de maîtrise. On aura compris que cette trajectoire de développement humain peut être déviée par des interprétations de l’expérience formelle et de la raison qui ratent leur but. C’est particulièrement le cas à la veille d’un dépassement de l’intelligence  formelle par l’intelligence symbolique, le passage à une âge du Sens, des relations et communautés de Sens.

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