12 022

055 – L’âge tertiaire

L’âge tertiaire, âge du Sens

L’expérience première du Consensus, la conscience seconde des re-présentations, réalisation de la réalité se distribuent en composantes, affective, physique ou factuelle, intellectuelle ou mentale. L’orientation selon un Sens d’accomplissement ordonne ces composantes en âges successifs où la réalité, la conscience de l’expérience et une maîtrise progressive de soi et du monde se développent. Cette «réalisation» du monde et de soi dans le monde sont actualisation d’un réel qui est Instances en conSensus. Cependant, il n’y a jusqu’ici ni conscience de Sens ou de conSensus, ni liberté de choix authentique, ni maîtrise du Sens de notre existence et donc de la possibilité d’un accomplissement humain. C’est l’âge du Sens qui en réalise le monde et une nouvelle maîtrise.

C’est à l’âge du Sens que se révèlent justement la transcendance de l’Instance humaine, sa consistance spirituelle comme Sens, ce qui fait toute relation de nature humaine comme partage de Sens ou conSensus, ce qui fait que toute réalité – la nôtre comme individus et celle du monde comme ensemble des affaires humaines – sont expérience du conSensus et ses re-présentations, consciences, augmentations ou développements de nos réalités. L’âge tertiaire est aussi la participation du tiers à toute réalité humaine non dans une relation purement duelle mais communautaire.

Ainsi à l’âge du Sens s’intègre et se dépassent les âges précédents dans une réalisation proprement humaine. Cet âge est celui de la réalisation d’un monde reconnu de nature humaine de part en part. Hominescence dit Michel Serres. Age de l’esprit selon différents visionnaires. Ce qui est en jeu c’est le discernement des Sens au travers de l’expérience, toujours communautaire, celle d’un tissu de relations de nature humaine, la révélation de l’humanité de l’homme. C’est aussi l’engagement dans la réalisation d’un monde devenu communautaire, multi-communautaire d’ailleurs. Cet engagement vise cette autonomisation progressive qui est marque d’accomplissement et n’est possible que dans la culture du Sens du bien commun, dans chaque situation et réalité communautaire.

Ainsi l’âge tertiaire est un âge de développement humain qui reconnait la source humaine de toute réalité individuelle et collective avec ses dimensions affectives, factuelles et mentales. Un autre niveau de conscience, conscience symbolique cette fois, qui reprend autrement les acquis des âges antérieurs. Il y a toujours affects mais comme expérience du Sens dans les relations participant au champ communautaires. Il y a toujours fait d‘expérience mais comme expérience du Sens dans les interactions du champ communautaire. Il y a toujours représentations mentales mais comme expérience du Sens dans les rationalisations communautaires. Le lien entre ces trois composantes de l’expérience se révèle là comme Sens et conSensus actualisés.

L’âge du Sens est celui de l’édification d‘un monde humain voué à l’accomplissement de l’humanité s’appuyant sur les bénéfices des âges précédents. Cependant, ceux-ci, débarrassés des errances et des débordements associés, sont repris d’une nouvelle façon. Ainsi les représentations mentales sont utiles comme médiation du Sens pour le révéler et le réaliser. Les faits et l’existence physique avec ses comportements associés sont là pour incarner le Sens dans les existences individuelles et les mondes communs. Les affects et toute la vie éprouvée soutiennent la possibilité même de grandir et de traverser les âges qui mènent à cet âge du Sens, y intervenant dans la régulation des relations humaines.

L’âge du Sens est celui de la culture d’un autre type de maîtrise, véritablement humaine. Les précédents gardent le doute sur l’origine de toute maîtrise tant factuelle qu’intellectuelle et celle des affects ou des passions. Les réponses erronées occupent le terrain de l’existence où il s’agit de trouver la voie d’une vérité proprement humaine plutôt que d’en exclure la détermination humaine (réductionismes).

Un problème se pose : comment connaître et comprendre un des âges si on n’y a pas accédé. A l’âge archaïque il n’est pas possible de connaître l’existence factuelle tant que la conscience de la distinction des corps ne s’est pas encore construite. A l’âge factuel il n’est pas possible de comprendre l’existence de l’âge intellectuel tant que la raison réflexive et sa maîtrise ne sont pas suffisantes. Il y a aussi des déviances qui confondent expérience mentale et expérience factuelle, et l’une ou l’autre avec l’expérience affective. Dans un contexte de civilisation par exemple il y a toujours une partie de la population qui accède à son niveau de conscience spécifique mais pas tous. Cependant, même les plus avancés dans cette civilisation n’ont pas connaissance en général d’un âge ultérieur. C’est ce qui se produit dans la civilisation des représentations mentales qui ne connait rien de l’âge du Sens qui se prépare comme nouvelle conscience et donc nouvelle réalité du monde humain. Dès lors il est difficile de le faire reconnaitre sauf à faire appel à ce qui est déjà là et en favoriser la conscience symbolique. En outre une difficulté naît des crises de passage qui remettent en question ce que l’on croyait acquis y compris en ce qui concerne la réalité de soi comme du monde. Ainsi l’âge du Sens remet en question notamment toute la civilisation occidentale qui hésite entre la crise permanente et sa remise en question pour assumer sa mutation et le passage à l’âge du Sens.

Quelques caractéristiques comparées de cet âge du Sens.

A l’âge des représentations (mentales) des doctrines philosophiques, idéologiques, des modèles, des idéaux régissent la marche et dictent les valeurs auxquelles les individus sont invités à se conformer. La dénonciation de tel dogmatisme se précipite pour en établir un autre. Le relativisme en est l’impasse qui destitue les systèmes de représentation de leur caractère normatif et idéal ce qui favorise les régressions où toutes les raisons sont bonnes. L’entrée dans l’âge du Sens confronte chacun à la possibilité de plusieurs Sens pour orienter la vie et les affaires humaines et aussi pour interpréter chacun des dogmes précédents. Ce dépassement réclame un discernement des Sens et de leurs conséquences pour l’humanité de l’homme renvoyant les représentations mentales à leur rôle de médiateur du Sens. L’essentiel c’est le Sens et sa représentation, ordonnée par la raison, lui est contingente comme moyen d’accès au Sens ou d’expression du Sens. L’apprentissage de l’intelligence symbolique et de ses processus devient nécessaire alors que l’intelligence formelle n’y accède pas. Problème pour les élites qui n’en disposent pas pour s’être identifiées exclusivement aux représentations mentales et à leur maniement.

A l’âge des représentations le monde et les affaires humaines sont déterminés par des formes et modèles en tous genres et à l’âge du Sens ce sont des communautés de Sens par leur conSensus qui sont déterminants. C’est pour cela que l’espace des affaires humaines est un espace communautaire et d’ensembles communautaires et non les espaces formels géographiques ou juridiques auxquels on s’était quelques fois identifiés en y identifiant le monde.

A l’âge des représentations l’indépendance individuelle est quelquefois comprise comme une émancipation acquise par l’accès aux savoirs et leur universalité formelle. A l’âge du Sens l’autonomie est associée à la liberté de participation aux conSensus communautaires et à la responsabilité de culture du Sens du bien commun propre à chaque communauté dont les individualités sont co-dépendantes et non pas indépendantes. Cela suppose la transcendance du Sens en l’homme lieu de liberté personnelle possible et dont l’existence reste contingente car communautaire.

A l’âge du Sens le progrès humain est l’accomplissement individuel et collectif au travers de la maîtrise progressive du développement communautaire.

Il est vrai que la possibilité de construire des communautés de Sens à toutes les échelles et pour tous les enjeux humains est une caractéristique de l’âge du Sens qui se prépare avec le laboratoire d’Internet. Internet en est le révélateur mais pas la cause mais une médiation.

Pour terminer cette première approche de l’âge du Sens on observera que chaque chose, chaque question doit être située dans un espace communautaire, que l’important est d’en discerner les Sens pour déterminer et cultiver le Sens du bien commun tant pour développer les réalisations humaines que pour résoudre difficultés et problèmes, tous humains évidemment. La méthode de recours à des modèles formels de décision, d’interprétation et d’action, caractéristiques de l’âge des représentations mentales est donc caduque et son obsolescence est  criante dans la crise qui en est le symptôme.

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