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058 – Le temps des choses

Le développement humain est une augmentation de conscience en même temps que des réalités humaines. Il est aussi augmentation de maturité et de maîtrise des affaires humaines abordables dans le monde correspondant au niveau de conscience et de réalité. Ce développement humain suit la trajectoire des âges lorsqu’elle trace la voie de l’accomplissement humain. Le développement est ainsi le déploiement existentiel progressif de l’humanité sur la voie de son accomplissement. Il porte sur l’existence individuelle, sur l’existence collective, sur les projets et entreprises humaines qui constituent les enjeux des affaires humaines. On va parcourir le processus de développement humain avec ses trois phases ou stades. Il est précédé par une phase préhistorique de gestation des individus comme des projets et des groupes humains constitués et suivi par une période de retrait ou de déprise.

La première phase de développement humain ou développement primaire est celui du monde des choses, le monde factuel. On peut le considérer comme l’enfance de l’humanité où elle acquière progressivement une certaine maîtrise de son existence dans l’environnement matériel qui est le sien. C’est l’affaire de chaque individu, celle de chaque groupe ou collectivité, celle de chaque projet ou entreprise humaine. Acquérir la maîtrise des choses c’est développer des compétences spécifiques et les exercer pour la subsistance, la sécurité, le confort qui est confortation existentielle. Pour cela sont investis des affects, acquis des habiletés et réalisées des performances humaines utiles. Si nous distinguons individus, collectifs et projets en fait le développement engage les trois et ne peut exister l’un sans l’autre. Par exemple si l’école est une entreprise humaine elle n’existe que par un engagement collectif vis-à-vis des individus concernés au sein de la collectivité et ses enjeux factuels.

Le monde des choses rappels

Le monde des choses est celui des corps, celui de l’expérience corporelle avec tous ses accessoires, les faits, les interactions, les mouvements physiques, les comportements, mais aussi les gestes et parmi eux le langage, des sons et des écrits. Ce monde est matériel, concret, organique et c’est celui des productions, des moyens de transformation des choses, des outils et instruments, des techniques et savoir faire. C’est aussi le monde des nécessités utilitaires, celui où se jouent les questions de subsistance, les questions de conservation et donc de sécurité, celles aussi de confort ou confortation de l’existence. Comme on le sait avec la conscience factuelle c’est le court terme qui est l’horizon des préoccupations et les pratiques sont à la mesure de l’utilité factuelle.

 Le développement individuel

Tout d’abord c’est l’expérience des choses, de la résistance des corps qui construit l’expérience de son propre corps, distinct des autres. Cette expérience se réalise dans l’interaction et cette interaction est guidée par les affects tant pour les gratifications et l’attractivité ressentie que par l’évitement ou la sanction des épreuves douloureuses. C’est tout un jeu de rapports qui multiplie les expériences et engrange cette conscience corporelle en même temps que ses habiletés. Il est vrai que la corporéïté n’est pas seulement matérielle mais aussi comportementale. La capacité de produire des effets selon des gestes organisés fait partie des propriétés corporelles, celles des choses et celles de son propre corps. On notera que celui-ci est à la fois ce qui agit et ce sur quoi les choses agissent. Il est le lieu de l’expérience mais aussi objet d’expérience. Ainsi on a pu croire que la transformation du corps, son conditionnement suffisait à lui faire produire tel ou tel comportement tel ou tel réflexe. Oui comme chose parmi les choses non comme corps humain individuel en développement.

Il s’agit bien en effet ici de développement humain qui dépend on l’a vu du Sens selon lequel il est engagé. Il est vrai que l’expérience factuelle ne se suffit pas pour discerner ce Sens parmi d’autres. Comment différencier un Sens de progression et un Sens de régression puisque l’une et l’autre sont associées à des satisfactions et des épreuves? Une première réponse est dans la nécessité de la guidance de personnes capables de proposer, de provoquer des expériences de progression sans favoriser ni même soutenir des expériences de régression. On ne confondra pas par exemple l’expression d’un consentement et d’un contentement gratifiant avec une récompense régressive. Distinction délicate qui nécessite une certaine maîtrise humaine. L’autre réponse c’est celle de l’apprentissage, apprentissages d’habiletés, capacité d’interagir et ce dans un conSensus gratifiant. La gratification a une part d’affects mais elle est aussi dans la conscience individuelle, factuelle, de sa propre capacité, marquée comme un bien, commun à la collectivité, aux autres en tout cas.

Le désir de grandir des petits qui rencontre le désir de leur édification comme individu capable sont de puissants moteurs de l’expérience d’apprentissage. Il ont pour vertu de parachever le grandir aussi bien des petits que des grands. Tous ceux qui font métier d’aider les petits à grandir savent combien cela les grandit eux aussi.

Le développement individuel suppose toujours que quelqu’un aide à grandir humainement parlant. C’est comme cela que les enfants sont «élevés» pour qu’ils s’édifient peu à peu. Ainsi c’est toute une éducation basée sur les apprentissages non seulement des bases du comportement dans une collectivité mais aussi de toutes les capacités opératoires jusqu’aux plus sophistiquées. Les apprentissages pratiques comportent aussi bien ceux des techniques les plus avancées à des âges aussi avancés, tout au long de la vie. Il s’agit alors de se tenir dans les dispositions de l’enfant qui expérimente pour connaitre et faire, pour savoir faire. Le programme de cette éducation est la leçon de choses. Non pas un discours péremptoire sur les choses mais l’apprentissage guidé de ce que les choses nous apprennent de nous-mêmes dans nos capacités et ainsi les réalisent.

Le développement humain individuel n’est pas une émancipation, comme un arrachement à des dépendances primitives, mais une construction, une édification. Non pas un combat contre une sous humanité mais un chemin de réalisation existentielle dans la découverte simultanée du monde et de soi co-construits par l’expérience guidée et dans l’acquisition des capacités d’interagir utilement. Ce n’est pas non plus le culte de l’exploit mais de ce qui fait grandir l’homme y compris dans ses exceptions et ses performances humainement mesurées, c’est-à-dire fructueuses. Ce développement commence par les premiers pas de l’individus suivis par l’acquisition des savoir faire communs puis par l’apprentissage de savoir faire spécialisés en fonction des utilités communes et des capacités personnelles singulières. Des talents se révèlent, des métiers s’apprennent et s‘exercent, des excellences se cultivent et s’évaluent par les utilités humaines que déterminent la collectivité et ceux qui portent en son nom la mission de guidance.

Le développement collectif

Le collectif est un ensemble d’individus rassemblés par une proximité d’interaction. Le développement humain du groupe est bien sur corrélé avec le développement des individus mais outre qu’il est hétérogène il constitue pour chacun d’eux un environnement où se développer. Le développement du groupe est à la fois la croissance de son existence, l’édification de son monde en qualité et quantité et l’édification simultanée de sa maîtrise des affaires collectives. On peut ainsi parler d’habiletés collectives, de capacités, et aussi d’expériences et d‘apprentissages portant sur tous les registres de l’existence matérielle. Le développement collectif est ainsi celui de sa subsistance et notamment de ses capacités de production d’utilités communes. Il est aussi celui de sa sécurité comme par exemple son habitat qui lui confère aussi un certain confort ou confortation. Le développement collectif est celui d’une maîtrise humaine pratique qui porte sur le concret de l’existence. Les affects et les gratifications collectives interviennent de même que le guidage du collectif dans le Sens d’une progression humaine plutôt que d’une régression. Cela suppose l’existence d’une maturité avancée susceptible de guider le collectif. Cette maturité avancée peut être celle d’individus jouant un rôle de conduite, quasi éducatif, au sein du collectif ou venant d’ailleurs.

Le développement du collectif est un développement de proximité mais qui lui permet des interactions avec d’autres collectifs, toujours à proximité. Ainsi différents collectifs proches peuvent constituer des collectifs plus larges dans les limites de l’expérience de proximité. Au-delà il faudra avoir recours à un autre type de conscience et de développement par projection intellectuelle. Le développement humain primaire se heurte d’ailleurs à un obstacle issu d’une déviance du développement intellectuel qui prend ses représentations ou modèles pour la source et la cause du développement. Il disqualifie alors le stade primaire rendu incapable de grandir par lui-même et mis en dépendance «pour son bien».

Le développement des projets et des entreprises humaines.

Il passe par une phase d’apprentissage où individus et collectifs expérimentent les réalités qui sont les leurs et celles qui les environnent et avec lesquelles ils entrent en interaction. La démarche de développement est alors empirique, pragmatique mais éclairée par des repères de progression pertinents. Il faudra ici aussi quelque tuteur qui guide et oriente, s’appuyant sur le jeu des affects, tant pour la gratification que pour la traversée des épreuves. La compétence individuelle et collective, la performance selon ces critères sont à la fois à cultiver et développer en même temps que les utilités du projet et de l’entreprise sont satisfaites. Ce développement met en oeuvre force techniques, instruments, outils et moyens et se constitue un patrimoine de savoir faire qui en est un des indicateurs. L’efficacité est relative au développement humain c’est-à-dire des potentiels et des enjeux humains des individus et des collectifs. Ce développement des projets et des entreprises humaines est aussi le lieu intersection du développement individuel et du développement collectif. Ainsi on ne peut parler de l’un ou l’autre sans qu’ils se trouvent investis tôt ou tard dans de tels projets et entreprises. C’est pour cela que la structuration pédagogique des apprentissages en dépend. C’est pour cela aussi qu’il faut dénoncer l’inanité d’un développement individuel qui ne serait pas investi dans celui de tels projets et ne soit aussi un apprentissage des entreprises humaines. L’idéologie intellectualiste fait ici des ravages se nourrissant de (pseudo) savoirs sans savoir faire.

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