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060 – Le temps des communautés

Le temps des communautés de Sens

Dans un cercle idéologique relativement étroit la notion de communauté est assimilée à l’archaïque, lieu de pulsions et de passions forcément anti-humanistes. Or les communautés humaines sont le lieu même de la condition humaine. Seulement pour comprendre cela il faut à la fois accéder au Sens au coeur de l’homme, le lieu spirituel de son humanité même et à la fois reconnaitre que toute réalité humaine naît du conSensus c’est-à-dire ce qui noue aussi l’existence des communautés humaines. Le troisième stade de développement humain découvre que l’existence humaine et toutes les réalités de son monde sont de nature humaine, fondées dans sa dimension spirituelle par la médiation des communautés de Sens. Le développement tertiaire, peu connu jusqu’ici, s’ouvre sur un nouveau type de conscience, conscience des Sens, des conSensus et de l’humanité du monde. Sa caractéristique est de découvrir que le monde humain est communautaire, multi-communautaire, que nos existences individuelles sont toujours inscrites dans des communautés dont nous dépendons, que la conscience des Sens, fondateurs des conSensus communautaires, nous confère une liberté de choix de Sens et donc de pensée et d’action dans le champ communautaire dont nous dépendons.

Le temps des communautés est celui de l’autonomisation responsable. Autonomisation comme chemin et comme culture, responsable car participant sur le fond et librement à l’existence communautaire et donc notre propre existence comme celle des autres et des réalités communes. C’est le Sens du bien commun de toute communauté de viser l’autonomie responsable de tous au travers des étapes de développement et à propos des affaires communautaires. Le développement communautaire est à la fois celui de la co-existence de tous et celui de l’accomplissement de chacun dans sa participation à l’existence commune. Fin en vue de l’individualisme du libre arbitraire souverain face à l’universel, fin en vue du conditionnement total de l’universel sur l’individuel, même par la médiation des pouvoirs et structures qui les imposent aux hommes mineurs. Il faut pour cela que la relativité humaine de l’existence des choses soit à la fois liée à la personne et aux communautés. Le relativisme le voudrait arbitraire, la relativité engage la responsabilité par la liberté.

Le monde des communautés de Sens

Le monde des choses nous est accessible par les sens et nous environne alors que nous y sommes plongés. Le monde des idées nous est accessible par l’imagination et ses structurations ordonnées ou rationnelles. Il va bien au-delà de nos sens sans pour autant être dénué d’affects et d’expériences factuelles. Une carte de géographie représente un monde que nous imaginons sans le voir mais la carte est imprimée comme une chose que nous voyons. Quelques fois nous ne distinguons plus le factuel de l’idéel et le monde des idées nous semble factuel comme si le faire était une capacité des idées. La carte pour certains est devenue territoire. Ce monde des idées est une réalité mentale et une fiction factuelle même si elles se rapportent à des choses. Par exemple un Etat, entité juridique, n’est pas un territoire physique mais un territoire mental dans lequel des espaces physiques locaux sont inscrits. Le monde des idées est ce monde de formes et de structures produites par la pensée et l’imagination humaine comme représentations des choses quelques fois mais aussi comme représentations de représentations très souvent. Le monde des communautés de Sens est un tissu de relations humaines rassemblées par groupes et ensembles communautaires. Nos existences et nos mondes pluriels sont comme la manifestation de ces communautés d’êtres de Sens et leurs conSensus pour former ces collectifs, ces individus, ces mondes de choses et d’idées, empreints d’affects.

Le monde des communautés est un monde humain, de nature humaine, un phénomène humain. Il est réalisation de l’humanité et par ce biais révélateur de l’humanité en chacun et en tous. C’est cela la nouveauté révélée, que les affects, les faits, les idées sont réalisations humaines et de ce fait révélatrices de ce qu’est l’humanité au-delà de ses manifestations existentielles. Le monde des communautés de Sens est comme le chantier de cette révélation passant par les réalisations qui en permettent l’accès. Toutes les activités humaines sont activités personnelles et communautaires et en cela témoignent de l’humanité qui s’y réalise, médiatrices de l’accès au Sens et conSensus donc à la liberté et aux maitrises associées. Si cette liberté est celle des personnes dans leur participation aux conSensus, donc à des communautés, elle est conditionnée par le Sens dans lequel elles sont engagées qui ne peut être autre que le Sens du bien commun propre à chacune. Dès lors le développement personnel au travers de l’activité communautaire et le développement communautaire au travers du service des personnes sont intimement corrélés. Du coup sont remis en question l’indépendance du développement personnel par rapport aux communautés d’existence et l’indépendance du développement communautaire de celui de ceux qui constituent la communauté. Ni individualisme méthodologique ni holisme méthodologique ne sont valides. C’est là que prend véritablement place un Humanisme Méthodologique.

Le panorama du monde des communautés de Sens doit être complété par le fait que toute chose, toute activité, toutes les affaires humaines sont situées, c’est-à-dire réalisées dans une communauté de Sens, dépendants d’une situation à laquelle elles participent. Ces réalités sont l’expression d’un conSensus communautaire dont les Sens résident au coeur des hommes qui y participent. L’intelligence symbolique ou intelligence des Sens sera mobilisée pour élucider les conSensus , choisir le Sens du bien commun plutôt que tout autre et déployer les réalisations affectives, factuelles et mentales et en définitive, communautaires, médiatrices d’humanité. Ces réalisations humaines communautaires sont dites virtuelles car porteuses des virtualités humaines les réalisant pour les révéler.

Enfin si le monde des communautés est tributaire des dimensions affectives, factuelles et idéelles qui le constituent, aucune n’y est cause mais seulement expérience humaine communautaire. Ce sont les réductionismes qui freinent cette conscience nouvelle qui embrasse toutes réalités comme expression d’une humanité qui se donne à être révélée. Tel est l’enjeu de l’accomplissement humain, tel est le programme du développement personnel et communautaire au travers de celui des projets et entreprises humaines.

Le développement personnel

Après le développement primaire avec son guidage affectif et la maitrise d’habiletés pratiques, est venu le développement secondaire avec le développement des idées comme les savoirs et autres représentations, avec une certaine maitrise par la raison. Vient ensuite le développement communautaire où l’implication dans la communauté et le monde commun, est déterminante comme espace de réalisation et de révélation. Ce qui a progressé c’est le champ de conscience et de réalisations, assorti d’une certaine maîtrise, fruits d’un travail éducatif et de l’expérience de conscience. Maintenant c’est sur le Sens que porte la nouvelle conscience et c’est donc un enjeu de développement que de cultiver le discernement des Sens, en conSensus au coeur de toutes choses, communautairement située. Mais pour cela il faut aussi participer aux réalisations communautaires au travers des affaires humaines communes, au développement communautaire donc. En outre le discernement des Sens permet des choix de Sens et un engagement dans le Sens choisi qui est à la fois, acte de liberté et aussi simultanément de responsabilité. L’intelligence symbolique y joue un grand rôle pour établir les voies méthodes et moyens de l’action humaine et de sa maîtrise. Cette maîtrise est doublement relative parce que située, localisée, et parce que toute réalisation et réalité dépend du conSensus et donc des autres. Cependant, la responsabilité comme l’action sont travail de conSensus et portent sur l’orientation et le développement communautaire qui vise, on l’a vu, le développement des personnes. Ainsi l’autonomisation responsable est-elle une traduction de l’enjeu et de la méthode du développement personnel à ce troisième stade. Le développement personnel se réalise dans le monde communautaire et en même temps participe à son développement. C’est ainsi que l’autonomisation n’existe que s’exerçant au service de la communauté et ses parties prenantes au travers des activités communautaires et notamment des rôles à assurer. Ainsi le développement personnel est-il ici simultanément développement d’une maitrise de soi et exercice personnel de la maîtrise d’une responsabilité dans la communauté par la culture de l’intelligence symbolique et ses disciplines (voir les leçons spécifiques). Il faut rappeler la complexité du monde communautaire et la participation de chaque personne à plusieurs communautés de dimensions différentes. Le foisonnement des communautés grâce à la proximité des relations à distance ouvertes par internet renforce ce champ multi-communautaire du développement personnel, contribuant ainsi à l’émancipation des identifications particulières et révélant la transcendance du Sens et la liberté qui est le propre de l’humanité. Le développement personnel est aussi multi-communautaire et rejoint l’accomplissement humain qui en est la finalité.

Le développement communautaire

Les communautés humaines sont formées par le rassemblement de personnes ou même de communautés déjà là qui ne sont pas annihilées pour autant. Leur développement passe toujours par des phases archaïques où règnent les affects, sentiments et pulsions ou même les pathos ou passions. Il passe aussi par la matérialisation des interactions et l’organisation des enjeux de subsistance et de production notamment. Ensuite se développent les représentations culturelles, visions du monde propre, croyances, valeurs idéalisées, structures, langues, sciences et expressions. Enfin s’aborde la question du développement proprement communautaire c’est-à-dire voué à l’accomplissement de la vocation commune et celui de ses membres. De ce point de vue là toute la vie et le devenir de la communauté est justifié par le Sens du bien commun qui va donner l’orientation et la cohérence de son développement. Dès lors toutes les dimensions du développement sont vouées à cet enjeu, développement matériel, développement intellectuel et aussi régulations affectives.

La communauté est prise comme un sujet de volonté et donc de projet axé sur la culture du Sens du bien commun visant l’accomplissement de ses membres. Leur autonomisation responsable est donc la finalité de toutes les activités communautaires. La communauté ne se limite pas à ses membres mais s’inscrit aussi dans des ensembles communautaires où sa propre responsabilité est engagée ce qui suppose une certaine autonomisation du «sujet communautaire» . Cette autonomisation responsable de la communauté vise une participation au développement des communautés auxquelles elle contribue et ainsi à leur développement, donc à leur autonomisation responsable. Ainsi les architectures, grappes ou constellations de communautés ont pour finalité l’autonomisation responsable à toutes les échelles au bénéfice final des personnes qui s’y trouvent incarnées. Dès lors les activités de développement communautaire sont ordonnées simultanément et réciproquement au développement des personnes et celui des ensembles communautaires jusqu’à la communauté de tous les humains de façon ultime. La mondialisation vient à considérer simultanément les multiples mondes communautaires où se réalise et se développe l’humanité de chacun.

Le développement communautaire passe alors par le politique qui vise à signifier le Sens du bien commun au travers de modes de gouvernance où l’autonomisation responsable se cultive. Un de ses noms est démocratie, pas celle identifiée à des arrangements statistiques ou à des procédures formelles et encore moins à l’expression d’opinions ou de préférences émotionnelles. La politique est un mode de gouvernance et on ferait bien de ne pas oublier que tous les régimes politiques ne sont que des vecteurs de cet enjeu et non la seule réification d’un idéal.

Le développement communautaire est aussi un développement éducatif visant chacun de ses membres tout au long de leur vie selon leur niveau de développement. Il vise aussi la communauté entière par le biais de macro pédagogies incluant les différents niveaux du développement communautaire comme ses productions et savoir faire, ses sciences et savoirs, ses croyances et pensées, ses structures et ses règles, ses expressions et créations. Il porte au-delà, sur d’autres communautés membre d’ensembles communautaires pour y jouer un rôle éducatif selon sa vocation tout en recevant le service d’éducation de la part de ces autres communautés. La singularité culturelle des communautés est corrélée avec sa possible autonomisation responsable alors que la prétention universaliste va avec le mépris de cette autonomisation des personnes comme des communautés.

Le développement communautaire est aussi un développement économique c’est-à-dire de la production et l’échange de «biens» et «services» biens qui concourent aux biens communs, services qui servent le développement des personnes et de la communauté. C’est donc sur l’échelle des valeurs, indicatrice du Sens du bien commun que toute valeur se mesure et que toutes les règles de l’économie communautaire s’établissent. Sont à nouveau visés l’autonomisation responsable de la communauté, celle des personnes, celle des autres communautés de participation. C’est dans ce cadre que les projets et entreprises communautaires se développent

Développement des projets et entreprises communautaires

La finalité des projets et entreprises humaines s’inscrit dans une communauté de référence. Elle rejoint le Sens du bien commun de celle-ci avec ses valeurs indicatrices et ses échelles de valeurs pour mesurer la valeur de quoi que ce soi et donc évaluer tout projet et toute activité. Une nouvelle cohérence se fait jour entre valeurs et valeur, dissociées par le déni de communautés. Le développement des projets et entreprises humaines de toutes natures, s’inscrit dans l’économie communautaire et vise in fine l’autonomisation des personnes et des communautés servies. Ce service se traduit par le principe de concourance au développement communautaire et celui des personnes, que ce soit sur des registres matériels, idéels, et même affectifs mais toujours s’inscrivant dans une communauté de référence.

En outre de nombreux projets ou entreprises humaines (qui en connait d’autres) sont portés par ce qui devient une communauté entreprenante, un projet communautaire. Cette communauté engagée l’est dans la communauté de référence à laquelle elle concoure. Alors la conduite de ces projets ou entreprises relève d’une gouvernance communautaire de leur propre développement. Ainsi le développement communautaire s’applique-t-il aux organisations, institutions, associations de toutes natures avec ses volets, ses enjeux et finalités. En particulier on pourra évaluer leur socio-performance ou contribution au Sens du bien commun de leur communauté de référence. On pourra aussi évaluer la socio-performance de toutes les activités et de toutes les contributions au développement de ces entreprises ou projets et leur Sens du bien commun propre. De même que les ensembles communautaires complexe rassemblent des communautés à toutes les échelles, de même des communautés entreprenantes constituent des ensembles communautaires complexes avec des ensembles communautaires de référence.

La complexité du monde ne s’est pas réduite avec le développement communautaire des personnes des communautés et des entreprises humaines. Seulement elle s’est simplifiée avec un paradigme communautaire cohérent à toutes les échelles et dans toutes les circonstances. Elle est ainsi alignée sur le développement humain comme cause et finalité de toutes réalités humaines, toujours communautaires. Pour une fois l’homme est le centre de toutes les affaires humaines au service de l’accomplissement des personnes et par la médiation des communautés d’existence comprises comme communauté de Sens. Telle est la civilisation dans laquelle nous entrons avec les troubles et résistances qui font crises mais aussi des émergences quelques fois balbutiantes mais déjà à l’échelle mondiale avec le concours sans précédent d’un internet. D’autres y voient l’émergence d’une post humanité technologique d’intelligence artificielle mais il faudra qu’ils se confrontent à leurs propres communautés et la question des valeurs et Sens de l’existence auxquelles on ne peut répondre après les avoir niées.

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