11 056

063 – Le bien commun et son Sens

Voilà une question qui devient des plus cruciale pour le monde qui vient dans une nouvelle phase d’accomplissement de l’humanité. La question du bien de l’homme, inhérente a son humanité et son devenir implique les personnes dans le monde des communautés de personnes. Ce qui semble paradoxal aux individualistes c’est que la liberté radicale de la personne se cherche et s’accomplit dans la dépendance à l’existence communautaire. C’est dans une communauté donnée que l’on peut parler de bien commun. Ce bien commun ne peut être indépendant de toutes les personnes qui forment la communauté, c’est le leur. En même temps chacun est invité à contribuer au bien commun selon le Sens de l’accomplissement commun. Toutes les versions ont été proposées sinon imposées. C’est en effet au nom d’un privilège de puissance et de sentiments, d’habileté et d’utilité, d’intelligence ou de titre que le bien commun dit aussi intérêt général par exemple s’impose a tous, chacun s’y soumettant ou le transgressant.

Les modèles qui ne se réfèrent pas à l’humanité de l’homme et son accomplissement sont des leurres. Faut il en déduire qu’il y aurait un bien commun qui puisse être établi formellement par exemple, une loi universelle et définitive ? « La loi est faite pour l’homme et non l’homme pour la loi » dit l’essentiel sur ce plan.

Rappelons que le Sens et le bien ultime de l’homme transcendent son existence toujours partagée. Aucun bien commun définitif ne peut être posé, seuls des repères, des indicateurs, des moyens intermédiaires peuvent marquer le Sens du bien commun. C’est en effet comme modalité de développement en vue de l’accomplissement de l’humanité commune que des biens communs peuvent être conçus et réalisés. Ce sont des buts intermédiaires, pas des fins en soi, des processus de progression pertinentes pas des règles et procédures définitives. Rien ne peut être fixé en terme de bien commun mais rien n’est arbitraire. Le relativisme voudrait que la relativité des déterminations du bien commun ou particulier les rende tous équivalents par simple convention.

La relativité du bien commun dépend de deux variables : la communauté dont le Sens du bien commun lui est inhérent comme Sens d’accomplissement de son humanité, les conditions et situations singulières formées par les conditions de participation aux conSensus. Quelle communauté, quelle situation ? Sans y répondre ou bien on plaque un modèle incertain hors de son champ communautaire (domination des civilisations sur d’autres) ou bien on normalise le bien en exerçant une pression de normalisation sur les hommes à l’encontre évidemment de leur accomplissement. Tel est par exemple le dogme de l’égalité, supposée égalité de bien.

Le bien commun va donc prendre les figures indicatrices du Sens du bien commun dans tous les domaines en des termes spécifiques, dans toutes les circonstances, évolutives, pour toutes les situations personnelles et collectives. Qu’est ce qui est fixe ou permanent dans la définition d’un bien commun ? Rien d’autre que son Sens, invisible, mais cependant c’est une constance relative à son usage qui peut être celle d’un bien commun. Par exemple un projet, un modèle ad hoc, un but intermédiaire, figurent le bien commun comme horizon toujours provisoire. Existentiellement parlant seul l’horizon de la mort est fixe, l’accomplissement de l’humanité visant, au-delà, une liberté qui transcende déjà cette existence. C’est bien la difficulté de qualifier le bien commun vite fixé comme universel, alors qu’il n’est qu’un signe indicateur, provisoire. Par exemple le  » libéralisme spirituel » d’un Ferdinand Buisson reste impensé pour tous ceux dont la pensée ne dépasse pas les représentations mentales. Sa normativité ne leur est envisageable que comme dogme ce qui fait contre Sens eu égard au Sens du bien humain.

De même la réduction de toute autre communauté à la sienne, posée comme universelle, est une aliénation des autres et de sa propre communauté au nom de l’universel. L’universel pour l’homme est son humanité en chacun et nulle part ailleurs hormis le monde de la communauté de tous les hommes, pensable uniquement au seuil d’un accomplissement généralisé de l’humanité.

S’il y a des constances entre les communautés elles sont dues aux caractéristiques de l’humanité et en particulier le possible accomplissement pour toutes les problématiques humaines, les structures et composantes de l’expérience première – pas leur contenu.  Les différents plans de l’existence et les modes de conscience associés. Les structures existentielles font partie de ces constances aux contenus singuliers.

Pour passer des fondements humains du Sens du bien commun à ses réalités communes, nous allons en examiner quelques aspects.

Le Sens du bien commun de l’économie.

Production et échanges de biens et services voilà une définition dont les termes se réfèrent au bien humain et à ce qui le sert. On devine que si ce n’était pas le cas, ce qui est produit n’aurait aucune valeur. Nous aurons à approfondir plus tard cette notion de valeur. L’activité humaine, si elle est vue comme contribuant au bien de l’homme, s’inscrit donc forcément dans une réalité existentielle, un monde commun, celui d’une communauté donnée. Il n’y a d’économie que communautaire dès lors qu’elle sert le Sens du bien commun.  Alors les biens et services et tout ce qui permet de les réaliser relève d’un bien commun. Angélisme dira-t-on. Mais si ce n’est pas le cas alors ce n’est pas le développement humain ni son accomplissement qui est visé. Le dénigrement de l’économique rate ce qui est bien commun en négativant l’humanité sous prétexte de tel ou tel défaut. S’il s’agit de satisfaire complaisamment aux défaillances humaines des uns ou des autres alors ce n’est pas une économie communautaire mais une exploitation des faiblesses humaines et on ne voit pas pourquoi on s’efforcerait d’en faire une science pour mieux la gérer. Ainsi le système parasitaire qui est considéré comme économie fait fi des règles du bien commun c’est à dire vouées à l’accomplissement humain et de la maison commune qui est le lieu du devenir communautaire. Malheureusement les problèmes économiques habituellement désignés ignorent l’économie véritable ignorant les communautés qui le justifient et le développent selon leur vocation propre. Le Sens du bien commun de l’économie réclame d’abord de considérer la communauté de bien sans laquelle pas de bien commun. Il repose aussi sur des complexités liées aux ensembles communautaires mais c’est sans rapport avec les simplistes savants de l’universalisme totalitaire et bien pensant. Notons que l’économie communautaire, si elle mobilise des groupes humains, investi les personnes dans une logique de concourance.

Le Sens du bien commun de l’éducation

Le Sens de l’éducation est l’accomplissement des hommes dans le contexte de leurs communautés d’existence pour participer à la progression commune selon le Sens du bien commun. De ce fait l’éducation concerne tous les hommes selon leur âge ou leur degré de maturité humaine, les enfants aussi. L’éducation à ce titre développe progressivement l’autonomisation des personnes mais dans les contextes de leur existence et selon leurs communautés de vie et d’implication. L’éducation selon le Sens du bien commun se réfère à des biens communs relatifs à la communauté en jeu. Habitudes, habiletés, règles de politesses réciproques, langages communs, rituels de maîtrise des moments forts dépassant le contrôle par les individus eux-mêmes, règles de vie, contrats toujours culturels, statuts sociaux, modes de vie en commun, connaissances, idées, histoires. On peut y ajouter les méthodes pédagogiques, les organisations, les rôles et professions dédiées… Tous ces « biens communs » sont des expressions circonstanciées donc évolutives du Sens du bien commun propre à la communauté. Tel qui a appris à parler dans une langue devra recommencer dans une autre communauté linguistique.

Nous retrouvons l’inanité d’une prétention universaliste des biens communs dès lors qu’ils ignorent et méprisent les singularités communautaires et s’ils ignorent sinon méprisent le Sens de l’accomplissement humain qui justifie et construit toute démarche éducative. Il est vrai que le projet et les pratiques éducatives dépendent du niveau de développement et de maturité de la communauté et en conséquence de ceux qui s’y engagent.

 Le Sens du bien commun du politique

Dans les milieux archaïques on pense que le politique n’est affaire que de pouvoir et de combats, les intellectualistes prétendant faire science de ce qui est pulsions. Dans des milieux intelligents on pose la Raison comme devant gouverner les affaires humaines par des procédés et procédures rationnelles exécutées par des maîtres de la Raison. Dans des milieux qui se nourrissent d’évidences rationalisées, les lois de la nature doivent gouverner les affaires humaines sinon à verser dans un procès de contre nature. Les différentes variantes des conceptions du politique se justifient pas la nécessité d’agir pour le bien, celui-ci restant sous le décret de certitudes opportunistes. Mais si on se réfère au bien de l’homme comme chemin d’accomplissement alors le politique c’est la recherche, la détermination et le partage du Sens du bien commun dans les affaires de la communauté et de ce qui y concoure. Discerner le Sens du bien commun d’abord, le traduire en projets, en modalités de développement, cultiver le conSensus entre les membres de la communauté, orchestrer les concourances, délibérer des modes et consistances du bien commun dans toutes les affaires d’intérêt communautaire, réguler le conSensus et les affaires de police et de justice…

La nouveauté c’est qu’il n’y a pas d’autre lieu ni d’autre ligne que le Sens du bien commun de la communauté. Telle est la nouvelle conception d’une démocratie humaine donc communautaire et engagée dans le seul Sens du bien commun, contrairement aux errances formelles ou incantatoires dominantes.

Les Religions

On ne peut traiter du Sens du bien humain sans envisager les religions dont c’est la raison d’être qui concerne des milliards d’humains. Sont concernés aussi ceux qui tentent de faire du déni de religion le Sens même du bien humain. Régis Debray, spécialiste des religions, rapproche aussi les communautés et les religions comme inhérentes à la condition humaine. Il s’interroge sans succès sur le Sens, celui du bien commun notamment, en le cherchant sur terre ou dans le ciel et non en l’homme qu’il constitue.

Si en effet le Sens du bien commun est en l’homme c’est dans les communautés de conSensus et leurs réalités que se situent les conditions existentielles de la culture du bien commun. C’est dans un au-delà du Sens que vise tout Sens soit pour s’y perdre et s’ignorer soit pour se révéler comme principe d’humanité. On peut donc dire que le champ du religieux est aussi celui de la poursuite du Sens du bien commun si son lieu propre est reconnu comme le coeur de l’homme.

Ainsi tel ministre faisant référence à Ferdinand Buisson promouvant le libéralisme spirituel (un autre nom possible de la liberté de Sens ou d’esprit, visée de l’accomplissement humain et du Sens du bien commun) en fait « une religion pour la République ». Mais qu’est ce que cette « chose publique » qui est faite principe emblématique du bien commun ?  Ce pourrait être compris comme le Sens du bien, communautaire. Le déni de communauté comme le déni de religion en font un totem magique ou un sceptre de toute puissance.

 

Share on Facebook
Share it on Viadeo
Share on LinkedIn
Post on Twitter
Google Buzz (aka. Google Reader)

Réagissez

*