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074 – La centration

La centration

C’est, pour l’intelligence symbolique, la base indispensable à toute pratique. On en verra les principes, les pratiques ordinaires, la méthode pour poser les problèmes et, en définitive, la «discipline du coeur». La centration est le plus simple et le plus difficile à maîtriser puisque c’est l’exercice même de toute maîtrise. On va en parcourir ici les quatre volets précédents avant de terminer avec la poly-centration.

Les principes.

La centration est d’abord une position d’être, «centrée» sur une Cohérence de l’Instance, sur un Sens de cette cohérence et donc un conSensus associé. Elle est ensuite expérience première de ce Sens selon la structure cohérencielle. Celle-ci apparait comme une intentionalité appliquée à un objet contextualisé qui détermine un déploiement historique. Le positionnement en Instance pose un référentiel existentiel (le cohérenciel) avec ses deux déterminants sujet – objet et le troisième terme : projet. Enfin la centration désigne une situation-réalité avec ses enjeux et son histoire existentielle. La centration est aussi l’acte de se centrer et on peut considérer le chemin suivant :

D’abord désigner une situation existentielle, quelque chose, un fait, un sentiment, une idée ou un concept, toute chose qui puisse être désignée.

Ensuite la poser comme objet de considération mais aussi d’intentionnalité et de projection en posant son référentiel existentiel (cohérenciel)

Enfin élucider le positionnement en soi du Sens et de la Cohérence qui s’y actualisent.

Nous en verrons les traductions méthodologiques.

Les pratiques ordinaires de centration

Dans la vie courante nous sommes engagés dans des centrations choisies ou des centrations attractives ou même des centrations subies. C’est même notre lot que de se trouver centrés par les situations où nous sommes plongés, sous l’influence de ceux qui y sont déjà centrés et même orientés par quelque repère de Sens aux origines incertaines. Nous vivons ainsi ordinairement sous influence, immobilisés ou «promenés» avant de pouvoir privilégier ou même choisir en conscience telle ou telle centration. Mais nous jouons sans cesse avec des «centrateurs» comme nos lieux ou objets familiers ou les situations que l’on fréquente. On pourrait là noter l’idée de centrations familières et pointer celle de «distraction» qui est un artifice de dé-centration par passage à une autre. Les rituels de la vie individuelle et collective en sont remplis. Il y a dans l’existence des centrations majeures dont il semble que notre existence dépende, des centrations essentielles avec par exemple des pratiques religieuses, spirituelles ou fondamentales. Il y a des centrations professionnelles politiques, techniques etc. Mais aussi de ces centrations relationnelles qui vont de fréquentations ordinaires jusqu’à ce qu’on peut appeler mariage comme co-centration de vie. On devine l’importance de la question de centration et celle de sa maîtrise possible traduction même de la notion de liberté mais aussi de la notion de responsabilité et au bout du compte d’autonomie. Nous soulignerons aussi l’importance des co-centrations inhérentes aux conSensus et le fait qu’il n’y a pas de centration qui ne soit engagée dans une co-centration en particulier communautaire. On observera que le communautaire est affaire de co-centration et sa maîtrise, poursuite du Sens du bien commun avec ses repères et indicateurs dont la démocratie est un exercice. La démocratie comme exercice de co-centration communautaire, c’est dire l’immensité du champ de la question de centration et les bouleversements qu’elle va introduire en théorie et en pratique.

La centration comme pratique méthodique

Il est commun de penser qu’avant de proposer une solution ou d’engager une action il importe de bien poser le problème. Or cette discipline est très souvent erratique faute de centration. La préconisation est donc de procéder à une centration pour engager quelque action que ce soit. Trois questions difficiles mais indispensables sont à poser pour chercher les réponses plausibles.

C’est le problème de qui ? Il n’y a pas de problème en soi mais toujours de quelqu’un ou d’un groupe ou une communauté. La réponse ne relève pas d’un simple constat mais aussi d’un choix, d’une détermination, notamment si l’auteur de la question est aussi le sujet de la réponse.

De quoi s’agit-il ? Il s‘agit de désigner l’objet de préoccupation central du «qui» précédent sans lequel cette désignation est impossible à assurer. En fait c’est l’objet qui fait problème qui est à rechercher, étant au centre d’une situation, d’un contexte où, bien d’autres objets sont présents. La centration désigne une situation contextuelle et un objet central hiérarchisant d’autres objets autour de cette centralité comme selon une échelle d’importance.

Pourquoi cela fait problème ? Poser cette question c’est considérer que cela ne va pas de soi et que le Sens de la recherche de solution, l’aspiration, l’intention, sont ceux du sujet désigné précédemment à propos de son objet principal de préoccupation dans la situation posée. Ainsi tout se tient dans la centration qui pourrait être complétée par une question projective, par exemple sur le type de but à atteindre, en cohérence avec ce qui précède.

Cet exercice est souvent très éclairant même s’il est difficile. En fait ce travail de centration  de problème ou de situation est aussi un travail de centration intérieure pour celui qui l’accomplit qui en vient à «se poser en problème» en posant le problème considéré. On pourra parler d’intériorisation du problème, d’identification aussi au sujet du problème que toute recherche implique, ce qui posera des exigences de dé-centration par la suite.

La centration comme discipline du coeur.

La centration est une discipline qui invite à aller au coeur des choses, des problèmes, des situations et ce coeur c’est le Sens en conSensus, c’est-à-dire le coeur de l’homme, en soi et dans les communautés de conSensus. C’est aussi poser le rapport entre le Sens transcendant et la réalité qui le manifeste dans l’expérience humaine. C’est envisager les questions existentielles à la lumière de l’essentiel au coeur de l’humanité et l’humanité au coeur de l’existence et du monde existentiel. Ainsi par la centration toutes les affaires humaines sont mises en perspective avec la révélation de l’humanité en jeu. Pour y procéder, les interrogations ne sont pas un simple exercice intellectuel mais un questionnement intérieur où se trouvent les réponses, l’acte de répondre. C’est une discipline dont on verra la récurrence tout au long d’un processus d’action. Il y a donc de nombreuses implications à découvrir comme prise de position humanité.

Exercez-vous, avec un souci d’exigence mais pas de perfection.

La poly-centration

Pour mémoire il faut en parler sachant que c’est le plus proche de la vie réelle mais aussi difficile à penser et à pratiquer si on n’a pas d’abord bien maîtrisé la centration. Notons par exemple qu’un objet central d’une situation comme on l’a vu est associé avec d’autres, secondaires donc. On peut cependant envisager de passer d’un objet central à la focalisation sur un autre objet devenant central, du coup celui qui était au centre est devenu secondaire par notre seul acte de centration. Par ailleurs la situation en question est elle-même engagée dans d’autres situations sur lesquelles on pourrait focaliser la centration. Le passage d’une centration à l’autre avec la hiérarchisation correspondante est un exercice de poly-centration. Par exemple on peut se centrer sur une communauté et sa situation et passer à un ensemble communautaire et sa situation puis à une communauté participante à la première. Par exemple, passer de la France à l’Europe et à la Bretagne. A chaque fois une centration différente avec une hiérachisation différente mais sans exclusion. Pour chacune les autres sont secondes.

Ensuite à chaque situation ou objet central une Cohérence en conSensus. Pour chaque communauté de co-centration ce n’est pas la même (théorie des cohérences culturelles). Des lors les autres peuvent lui apparaître de ce point de vue comme prolongement de sa culture dans sa Cohérence et son système de valeurs, son Sens du bien commun. Mais une poly-centration permettra de passer d’une Cohérence à l’autre, d’une culture à l’autre, pour envisager les trois communautés de points de vue différents. Ne pas le faire (mono-centration) c’est réduire les autres à sa propre centration réclamant aliénation ou conflit. C’est le cas de l’universalisme formel qui confond la forme et le fond et réduit l’autre au même. Seule la poly-centration permet d’intégrer l’altérité dans la communauté et non pas la fusionner. Cet exemple significatif en ouvre bien d’autres dans toutes les affaires humaines où les centrations incontrôlées (immatures et sans maîtrises) sont source de bien des maux.

 

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