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016 – La réalité objective

Reprenons la source de cette dimension de l’expérience humaine. Il s’agit de l’expérience du conSensus de l’Instance avec d’autres Instances. C’est là spécifiquement l’expérience de la présence/absence de l’autre, de chacun des autres. Si tel autre est absent du Consensus pas d’expérience, si tel autre est simplement présent pas d’expérience. Il faut donc une alternance dans la présence de l’altérité. La présence se caractérise par sa fréquence, régulière ou non, ce que l’on retrouvera par la fréquentation des gens et des choses. En définitive l’expérience est celle d’une probabilité de présence (ou d’absence). Le nombre multiplie des facteurs ou acteurs de l’expérience. Il ne s’agit jamais d’un nombre absolu mais probabiliste, d’un nombre de fréquences alternatives.

Ces considérations aident à comprendre comment la dimension «objective» de la réalité est numérique, quantitative, probabiliste et par suite aléatoire. On remarquera que les mots clefs ici dérivent de la même racine que celle de «autre» en l’occurrence de l’autre être, de la présence/absence d’un autre être par rapport à l’être propre lorsqu’il a conscience de lui-même. Mais c’est dans cette relation alternative que l’être-soi se distingue comme un autre (qui fait nombre pour les autres). On notera encore que l’autre dans l’expérience de cette dimension n’est que nombre et probabilité, aléa. Sa qualité d’être humain relève d’autres dimensions. Ici c’est la quantité qui compte et sa «prise en compte» le contenu de l’expérience. En fait l’autre qui fait nombre n’est pas Sens dans cette dimension d’expérience mais comme une trace, une ombre, qui intervient dans l’expérience avec d’autres.

La réalité objective repose sur une combinatoire de nombres, sur des combinaisons de présences ou de probabilités de présences. L’expérience en vient à les distinguer, les compter, reconnaître comme des «paquets» de nombres. Les assembler et les séparer, les distinguer et se distinguer par là-même. La réalité objective, cette dimension de l’expérience du conSensus, est bien celle qu’il y a de l’autre, aléatoire, avec des constantes ou des constances qui peuvent s’expérimenter comme des groupes de nombres  qui sont à la source de l’expérience. Elle se trouve ainsi apparaître comme exogène, exo-déterminée.

Il est intéressant de reconnaître que des théories tentent de fonder toute la réalité sur cette expérience. Cela va donc notamment avec l’abstraction du sujet et du projet. Cet objectivisme radical cherche dans les nombres et leur combinatoire la cause de toute choses. De nombreux travaux scientifiques et mathématiques cultivent cette position, l’ère du numérique se plait à croire que tout peut être digitalisé au travers de la dualité du 0 et du 1, présence/absence assortie, dans les conceptions avancées, d’une certaine probabilité. Les théories quantiques s’y retrouvent volontiers et ont été l’enjeu de débats sur la présence ou l’absence du sujet dans les phénomènes observés. Cela tient à l’interprétation de la probabilité soit comme présence du sujet, soit comme «état statistique» constaté ou calculé.

L’objectivisme radical déshumanise par son réductionnisme le monde humain posé comme donné, combinatoire de données élémentaires, d’éléments premiers. On notera la déshumanisation d’un monde fondé sur le nombre, les comptes, le quantitatif pur et surtout le caractère exo-déterministe de la réalité pour l’objectivisme. On notera aussi l’intervention de métaphysiques souvent non dites qui tentent de justifier cette réalité par quelque entité source. Parmi elles il y a notamment «la matière» selon certaines conceptions numériques, il y a aussi le hasard. Cette dimension n’est ni à absolutiser ni à nier comme avec d’autres réductionnismes. Elle est à prendre en compte, prendre en compte qu’il y a de l’autre, du non soi, de l’exo-détermination comme une des source de toute réalité d’expérience humaine, celle de notre propre existence individuelle aussi bien.

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6 commentaires

  1. qu’est ce qu’un homme?. Telle question a été exactement l’objet d’une propostion d’extrait que j’ai voulu partager , pour voir comment profiter des vertues de l’approche systémique sur l’humanisme méthodologique, et à ma surprise, en même t…emps; surgisse cette question sur l’homme. donc je vous invite à lire cet extrait: « Un modèle d’une entité totale; lorsqu’appliqué à l’activité humaine, il se caractérise en termes de structure hiérarchique, de propriétés émergentes et de réseaux de communication et de contrôle. Lorsqu’appliquées à des ensembles naturels ou des ensembles conçus par l’homme, les propriétés émergentes qui s’en dégagent en constituent la caractéristique première » [Checkland]. De plus, il ajoute que « … un ensemble complexe peut posséder des propriétés qui se retrouvent au niveau de l’ensemble, mais qui ne sont pas significatives ou pas représentatives des parties qui le composent. Ce sont des propriétés émergentes ».
    Les notions de système englobent des propriétés telles que l’émergence, l’interaction, l’interdépendance, la finalité, l’identité et l’évolution. Il est important d’ajouter ici que les systèmes n’existent pas dans la réalité. C’est un « construit » théorique, une hypothèse, une façon parmi d’autres de concevoir les ensembles. Cependant, nous pouvons observer une multiplicité d’entités concrètes existant dans la nature et illustrant les notions de système présentées précédemment. La nature elle-même constitue une immense totalité (système) englobant des sous-ensembles (sous-systèmes) comme l’homme qui lui-même est formé de sous-sous-ensembles

  2. Je suis troublé par cette leçon sur la réalité objective. Dans cette dimension l’experience de l’autre est reduite à des nombres (présence/absence). On y retrouve même plus l’autre comme « objet » avec ces caractéristiques spécifiques?
    Je ne fais plus le lien avec « l’attention », la dimension « attentionelle » terme qui a souvent été utilisé pour nommer la dimension objective. Je constate que le terme « dimension attentionelle » n’est pas du tout utilisé dans ces leçons.

    • Photo du profil de Roger Nifle

      Dans ce parcours des leçons c’est des fondements que l’on part, pas de l’expérience. L’objet est d’abord objectivation avant d’être une chose factuelle ou une existence individuelle, lue selon une conscience objectivante, décomposante et éléments. Aborder le cohérenciel dans une chapitre tourné vers l’agir humain (ou l’intelligence symbolique) est différent de sa construction à partir de l’anthropologie fondamentale du Sens et des conSensus. Reviendront alors les langages plus familiers de l’utilisation du cohérenciel dans un processus méthodologique et les multiples langages associés. Par aileurs, je n’ai cessé d’approfondir la théorie fondamentale, notamment sur le plan épistémologique sans que cela ait vraiement répondu à des demandes d’approfondissment de ce côté. C’est pour cela que de nouvelles perceptions apparaissent. Par ailleurs je dois alerter sur le fait que la pratique, déconnetée des fondements théoriques, a souvent conduit à une dissociation entre les processus de l’agir et la compréhension des situations et des phénomènes humains en jeu et jusqu’à la conception de l’homme lui-même.

  3. Bonsoir,

    Ce que soulève Marc m’intéresse aussi, et ouvre je pense sur la notion de permanence (et de consistance) :
    Là / pas là, présent / absent, tout ceci à une certaine fréquence …
    A l’échelle subatomique, il y a plus de vide que de « plein », et des probabilités de présence, à des fréquences très élevées.
    L’oeil humain ne voit pas certaines alternance (là /pas là), mais une persistance (rétinienne).
    Plus il y a (de l’autre), et plus ça alterne vite, plus il y a de permanence (et de consistance).
    Peut-être un complément avec le topo sur la réalité projective (dans ce cohérentiel de l’anthropologie fondamentale du Sens), qui associée à la réalité objective, donnerait une réalité factuelle (et matérielle, comme trace du nombre à fréquence elevée).
    Bien à vous

    DN

    • Photo du profil de Roger Nifle

      Oui ces méditations sur les fondements sont importantes. Si la science est re-présentation de l’expérience humaine il s’agit bien de l’expérience qui est déjà réalité de conscience mais aussi de l’expérience première donc en-deça de toute conscience existentielle et que la théorisation explore ici pour s’en faire une re-présentation fondamentale.

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